mercredi 8 février 2017

Déracinée (Naomi Novik)

Patiente et intrépide, Agnieszka parvient toujours à glaner dans la forêt les baies les plus recherchées, mais chacun à Dvernik sait qu’il est impossible de rivaliser avec Kasia. Intelligente et pleine de grâce, son amie brille d’un éclat sans pareil. Malheureusement, la perfection peut servir de monnaie d’échange dans cette vallée menacée par la corruption. Car si les villageois demeurent dans la région, c’est uniquement grâce aux pouvoirs du "Dragon". Jour après jour, ce sorcier protège la vallée des assauts du Bois, lieu sombre où rôdent créatures maléfiques et forces malfaisantes. En échange, tous les dix ans, le magicien choisit une jeune femme de dix-sept ans qui l’accompagne dans sa tour pour le servir. L’heure de la sélection approche et tout le monde s’est préparé au départ de la perle rare. Pourtant, quand le Dragon leur rend visite, rien ne se passe comme prévu...

Parlons donc de ce long roman qui aura été un pur voyage dépaysant !

Agnieszka est une jeune femme qui fait partie de celles que le Dragon pourrait choisir la prochaine fois qu’il viendra. Néanmoins, avec sa sale manie – et bien malgré – elle de finir salie, dépenaillée à force de parcourir champs et bois, elle sait très bien qu’elle ne partira pas. Non, tout le monde est persuadé, à son instar, que sa meilleure amie Kasia sera l’élue. Pour dix ans… Mais lorsque le Dragon arrive, à la surprise de tous, y compris du sorcier, c’est Agnieszka qui est choisie. Elle devra désormais servir le Dragon, et pourquoi pas l’aider à repousser le Bois, forêt infestée d’êtres sombres, et qui chaque année gagne un peu plus de terrain sur la vallée…

Alors, comme vous le voyez avec les deux résumés, ce bouquin est un roman de fantasy. Et pourtant, quand on fait un peu plus attention, on pense un peu aussi à certains contes, avec cette tour dans laquelle le Dragon vit et enferme la fille qu’il a choisie… et puis ce Bois, créature malfaisante qui gangrène la vallée… un peu plus et vraiment, on se croirait dans un des films que nous aimions regarder enfants ! Pour autant, l’univers est plus sombre, plus fouillé qu’un film de cet acabit.

Au tout début du roman, j’ignorais un peu à quoi m’attendre. Si le résumé m’avait titillée, la taille du bouquin me disait que j’allais rencontrer des tours et détours avant d’avoir le fin mot de l’histoire. Parce qu’en plus, le résumé correspondait à un chapitre de Déracinée ! Autant vous dire que j’étais lâchée dans l’inconnu total. Je ne comprenais pas, mais comme la lectrice curieuse que je suis, j’ai laissé l’histoire couler en espérant y comprendre quelque chose plus tard. Grand bien m’en a pris !

Nous faisons la rencontre d’Agnieszka, une jeune femme bien consciente de ses faiblesses et profondément attachée à son entourage, ainsi qu’à sa vallée. Elle se prépare depuis des années à la séparation avec Kasia, sa meilleure amie, sans trop y parvenir. Aussi, quand elle est embarquée à sa place, elle ne sait pas comment réagir. Elle n’y a pas été préparée. Elle va passer par toute une gamme de ressentis, avant de laisser émerger son véritable caractère : une femme forte, souvent têtue, qui malgré son ignorance, ne s’en laissera pas conter. Cette héroïne possède beaucoup de force en elle qu’elle ne l’imagine, et elle n’est pas au bout de ses surprises ! (le Dragon non plus, d’ailleurs)

Les autres personnages sont intéressants aussi. Inutile de dire que j’ai beaucoup aimé le Dragon, avec son air ronchon et peu amène, qui possède quand même un cœur. Kasia est aussi un personnage intéressant, auquel on peut s’attacher. Ça n’a pas trop été mon cas, même si j’ai apprécié l’amitié qui lie les deux femmes. D’autres personnages, comme Marek et Solya, ont généralement suscité agacement (voire plus, une envie de baffer ou de secousses abruptes assez prononcée) ou fascination, comme Alosha.

Le monde présenté dans Déracinée est un monde à la fois très innocent et très dur. On se retrouve comme dans ces contes, je vous le disais, où tout semble aller bien jusqu’à ce que tout aille mal. C’est à la fois comme si le Bois (menace existant depuis des centaines d’années) n’impactait pas la façon d’être des gens de la vallée, alors qu’ils vivent avec d’une façon assez particulière. Il émane une noirceur qui surgit parfois, et qu’on oublie souvent, jusqu’à ce qu’Agnieszka s’y oppose de plein fouet. L’ambiance est assez intrigante, pour ça, et j’ai beaucoup aimé.

Un point très positif aussi, c’est que ce contexte est très bien renseigné et riche. Entre les coutumes existantes, les mœurs de la cour plus loin, les différentes potions, les sorts aux sonorités imprononçables ou presque, et les descriptions de ce qu’on trouve dans le Bois, j’avoue que j’ai été subjuguée. C’est pas toujours tout mignon, mais il y a un vrai travail et on le sent. C’est super agréable, parce qu’on change vraiment de monde et on s’évade.

De même, l’intrigue prend forme peu à peu, et bien qu’avec le recul, on puisse la deviner assez facilement, j’ai apprécié de tout laisser venir sans anticiper. Bon, d’accord, j’avais anticipé l’accent romantique. Je l’avais espéré, surtout, fleur bleue que je suis ! En dehors de ceci, me laisser surprendre au fur et à mesure a été très chouette. Naomi Novik va au fond des choses, écrit de la vraie fantasy en tuant plein de personnages quand c’est nécessaire, sans pour autant que cela devienne trop sanglant. Il y a des moments un peu dégoûtants, difficiles, mais ce n’est pas ce que l’on retient de l’histoire. Non, ce qu’on retient, c’est le chemin d’Agnieszka, tout ce qu’elle a parcouru depuis le tout début et ce qu’elle parvient à accomplir. Fascinant !

Au niveau de la plume, je la trouve très fluide, très élaborée sans qu’elle devienne lourde. Naomi Novik réussit très bien à capturer l’essence de ses personnages pour nous les offrir en quelques mots, dans leur façon de parler, dans leurs contradictions et espérances. Elle nous révèle Agnieszka au fur et à mesure, comme si elle déployait un éventail, et je trouve que c’est la magie de son récit : elle sait doser ses éléments pour nous tenir en haleine. Et ne parlons pas des scènes d’action, qui avaient tendance à me laisser rivée au roman !

Concernant les valeurs, Agnieszka refuse souvent de se laisser aller à la fatalité. Dès le départ, elle cherche des solutions, refuse d’abandonner, et se met souvent en première ligne pour sauver d’autres personnes. Elle est un bel exemple à suivre, bien qu’il faille se dire que réfléchir avant d’agir, c’est bien, aussi. Malgré son manque de connaissances sur bien des points (notamment les règles de la cour), elle agit toujours selon son cœur, jamais avec de faux-semblants. Elle accepte sa destinée et continue d’avancer. C’est loin d’être évident, mais… de même, le livre nous délivre un message fort sur l’acceptation de ce qu’on ne peut changer, et la force (notamment d’esprit) qu’il faut avoir pour changer ce qui peut être changé.

En fin de compte, Déracinée aura été une super lecture pour moi. Un bon gros roman de fantasy, qui fait aussi penser à un conte, mais plus long, fourni et adapté aux adultes que ceux que nous écoutions enfants. Naomi Novik nous offre une histoire unique, de batailles et de persévérance, aux côtés d’Agnieszka, une héroïne imparfaite et pourtant épique. Un vrai voyage qui saura charmer d’autres cœurs que le miens, c’est sûr !
Ce sera donc un 18/20 pour moi et je vous le recommande chaudement !

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